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Les influences américaines

Posté par Arnaud Pelletier le 31 août 2009

On peut observer cinq formes originales des méthodes et canaux de l’influence américaine. Tout d’abord, de quoi s’agit-il lorsque l’on parle « d’influence » ?

L’influence appartient au domaine de l’Intelligence Economique. L’objectif est d’influencer les médias, opinions et gouvernants étrangers dans le but de préserver ou accroître le poids économique et politique, en l’occurrence américain.

Quelques exemples :
Vous souvenez-vous (2004) de l’affaire médiatique du saumon d’élevage européen qui provoquerait le cancer ? Une étude parue dans « Nature » démontrait que le saumon d’élevage européen, de par son alimentation en farine animale (poisson) était dangereux pour la santé, « cancérigène ». Or, cette étude provenait d’un laboratoire américain qui démontrait que l’alimentation en huile de soja, notamment transgénique, et de lin, était préférable.
Et c’est une alimentation qui se fait aux Etats-Unis. Donc, le saumon d’élevage et le saumon sauvage américains sont par contre, eux, sans danger pour la santé du consommateur. Or, le laboratoire dépendait d’une « ONG » dirigée par d’anciens collaborateurs d’entreprises américaines pétrolière et d’huile transgénique. L’étude a été commandée et financée par cette ONG. L’objectif était d’inciter à la consommation de saumon américain et amener les éleveurs européens à l’achat de cette huile de soja et de lin de leurs anciens employeurs… Cette étude oubliait d’informer qu’elle s’était basée sur l’analyse de « 3 » (sic) saumons européens, à la traçabilité douteuse, sans faire le lien avec leur environnement. Enfin, les producteurs d’huile transgénique, de lin et de soja évitent par contre toute étude sur les conséquences pour la santé du consommateur de saumon s’alimentant de leurs produits.

Autre exemple : la grippe aviaire. Grosse affaire médiatique. Impact sur la santé ?… L’important était de paniquer les opinions publiques pour inciter les Etats à se munir d’importants stocks de vaccins anti grippe aviaire.
En fait, la communication provenait « d’études » américaines, et il existait un laboratoire qui produisait ce vaccin. Laboratoire, vous l’aurez compris, américain, appartenant, surtout, au vice-président de l’époque, Dick Cheney.

Je n’aborderai pas des sujets tels que l’instrumentalisation de la Turquie, par nos amis Américains, pour déstabiliser l’Union Européenne concernant son identité, le soutien aux conservateurs polonais qui achètent de l’armement U.S. et s’opposent à la construction européenne, l’encerclement de l’Iran par l’Afghanistan et l’Irak, la déstabilisation de l’ancien pouvoir dictatorial de Saddam Hussein et de sa clique pour dégager l’influence française et rafler les marchés de reconstruction, de l’armement et du pétrole.

Bref, quelles sont ces cinq formes originales de l’influence américaine ?

1 ) La première, la plus cynique, est la manipulation d’ONG et la création de certaines par des « agences » de l’Etat américain. Le journal Le Point m’a surpris en abordant ce sujet fin juillet. Pourquoi surpris ? Parce que cet excellent hebdo connaît une évolution désagréable vers une pravda sarkozienne, donc suit le cheminement « atlantiste ».
En effet, des ONG sont utilisées par l’Etat US. Elles peuvent aborder la question de la santé (pour valoriser des produits US), de la culture (idem), de l’écologie (Greenpeace est financée, en forte partie, par des sociétés pétrolières américaines, c’est pour cela qu’elles ne dénoncent pas , ou alors de façon “cadrée”, les errements de ces sociétés, mais a pour spécialité de dénoncer le nucléaire français…, jamais le nucléaire US et les entreprises US qui construisent des centrales nucléaires…), ou encore de « l’éthique politique ».
En ce moment, certaines ONG (comme Transparency Internationale, Sherpa) dénoncent les dictatures, ou simili démocratie, africaines (surtout le Congo Brazzaville, la République Démocratique du Congo, le Gabon). Les dirigeants africains incriminés sont, comme par hasard, des politiques proches de la France. Car en réalité, l’Afrique connaît une guerre d’influence particulièrement violente entre Français, Américains et Chinois. Il s’agit de s’assurer la vente d’armes, de biens manufacturés, et l’achat de matières premières (pétrole, cuivre, etc.).
Ces ONG ne parleront pas de pays africains anglophones…
Nous avons connu par le passé ces tentatives de déstabilisation : le Rwanda et l’ex-Zaïre lié à la France, et l’Ouganda, lié à la Grande-Bretagne et l’Amérique. Au Maghreb, les Américains ont longtemps soutenus et financés les partis islamistes (exp : Front Islamique du Salut en Algérie). L’objectif est toujours de réduire l’influence française pour la remplacer par la sienne.
Les conséquences sont parfois désastreuses…
Je ne veux en aucun cas soutenir les dictateurs africains, mais il ne faut pas pour autant se montrer naïf.

2 ) Autre formule intéressante : la dénonciation des comptes bancaires secrets. Certains médias US et ONG attaquent exclusivement la Suisse et ses banques ces temps-ci. Pourquoi ? Parce que les Américains sont le deuxième pays au monde à posséder ce genre de comptes. L’objectif est de contrôler les banques qui permettent ces comptes. Or, la Suisse n’est pas « contrôlable », il faut donc déstabiliser ses banques pour que les propriétaires de comptes secrets aillent vers des banques, dans les îles Caïmans ou autre par exemples, sous l’œil du Brother US… Pas bête, n’est-ce pas ?

3 ) Il y a aussi les fonds financiers » ou « fonds vautours », avec des directions ou finances liées à l’Etat américains. Ces fonds attaquent une entreprise, déstabilisent ses dirigeants ou propriétaires, influencent les « stakeholders » (parties prenantes, comme les actionnaires). On a eu un bon exemple en France avec GEM Plus : entreprise française leader mondial des cartes à puces, elle a connu une déstabilisation de ses actionnaires, de ses dirigeants (faire croire à une mauvaise gestion, à une passe financière catastrophique), l’intrusion d’un « fonds vautour » qui a progressivement contrôlé (éviction des anciens dirigeants, placer des nouveaux dont certains proviennent de la CIA) l’entreprises jusqu’à délocaliser le siège au Luxembourg et avoir la majorité des parts.
Ces « fonds vautours » s’attaquent à des entreprises dites « stratégiques » (High Tech, forte valeur ajoutée, leaders, etc.) pour l’intérêt des entreprises US et de l’économie américaine. Ce qui me paraît naturel. Mais ces fonds s’attaquent aussi à des Etats fragiles, endettés, comme en Afrique ou Amérique du Sud, afin de « contrôler » leurs dettes et les assujettir (Congo Brazzaville).

4 ) Autre moyen efficace : la religion. Les mouvements Evangéliste, Pentecôtiste, ou autres courants protestants prosélytes. Ces mouvements se sont insinués en Amérique Latine et en Afrique depuis plus de deux décennies. On retrouve le lien entre la droite américaine et leurs alliés « puritains ». La stratégie est un peu à la jésuite d’hier : influencer les dirigeants politiques, faire de la charité et du prosélytisme pour « cadrer » les populations. Ainsi, les catholiques d’Amérique Latines connaissent bien cette concurrence qui soutient parfois même des candidats politiques… Il ne s’agit pas du simple pratiquant qui est un vrai croyant, mais des responsables de ces courants religieux parmi lesquels l’ont retrouvent fréquemment des employés d’agences américaines (un peu à la façon du parti communistes d’avant 1989)…

5 ) Dernière formule, la plus discrète mais la plus ravageuse pour nos entreprises : la bataille des normes. Il s’agit ici de normes de construction, de qualité, de contrôle. Les anglo-saxons sont très en avance dans ce domaine qui détermine le cadre de la production et du management industriels, par les « ISO ». Français et Européens se sont réveillés tardivement et peinent à imposer leurs normes. Or, cela concerne l’avenir même de l’activité industrielle de tous pays, de leur indépendance économique.

Il ne s’agit en aucune façon ici de faire un article suintant l’anti américanisme. Je ne suis pas un « anti américain primaire », ni même secondaire. L’objet de ces mots est de faire le constat des pratiques d’influences américaines afin de ne pas se coucher plus idiot ou naïf ce soir quand on entend parler d’ONG, d’OPA, de spiritualité, de management, etc.
Dans ce domaine de l’influence, les Américains ont toujours été efficaces et précurseurs. Et Russes, Chinois et Européens peuvent l’être aussi. Mais quand on parle d’Européens, la réalité est l’Etat nation : Allemand, Français, Britannique, etc.
Le manque d’Europe, de politique économique européenne, de structuration étatique européenne, nous laisse faibles par rapports aux USA, Chine, Russie, Brésil, Inde, etc. car il s’agit de taille et de capacité de puissance, d’unité de commandement et de politique…

Hier, la France « influençait », comme en Afrique. L’abbé Charles de Foucauld œuvrait pour la République… Mais nos moyens sont bien légers au regard de la concurrence internationale et des capacités de nos concurrents.
Encore une fois (sur ce blog), la question concerne l’Europe, la politique économique, les enjeux territoriaux, bref, nous parlons d’Intelligence Economique.

Et nos économies européennes, nos dirigeants, ne travaillent pas souvent en « bonne intelligence »…

http://www.blogdudemocrate.org/



Aucun commentaire à “Les influences américaines”

  1. martin dit :

    A lire également sur le même thème : Les stratégies d’influence des Etats-Unis : Quelques exemples…
    http://www.infoguerre.fr/culture-et-influence/les-strategies-influence-des-etats-unis-quelques-exemples/
    @+

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L’objectif de ce blog créé en 2006, qui n’est pas à proprement parler un blog puisque je ne donne que très peu mon avis, est d’extraire de mes veilles web informationnelles quotidiennes, un article, un billet qui me parait intéressant et éclairant sur des sujets se rapportant directement ou indirectement à la gestion de l’information stratégique des entreprises et des particuliers.
Depuis fin 2009, je m’efforce que la forme des publications soit toujours la même ; un titre, éventuellement une image, un ou des extrait(s) pour appréhender le sujet et l’idée, l’auteur quand il est identifiable et la source en lien hypertexte vers le texte d’origine afin de compléter la lecture.
En 2012, pour gagner en précision et efficacité, toujours dans l’esprit d’une revue de presse (de web), les textes évoluent, ils seront plus courts et concis avec uniquement l’idée principale.
Bonne découverte à tous …


Arnaud Pelletier

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