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Quels sens à la crise mondiale actuelle ? Rôle de l'Intelligence Economique.

Posté par Arnaud Pelletier le 24 mars 2009

I. LA CRISE MONDIALE ACTUELLE EST GLOBALE ET RÉVÈLE UN DÉFICIT POLITIQUE MAJEUR

1. La crise actuelle se présente comme une crise financière très grave.

Ce n’est pas la première crise financière de la mondialisation mais aujourd’hui, les choses sont à la fois semblables et différentes. Ce sont aujourd’hui les pays occidentaux et le premier d’entre eux, les US, puis l’Europe, qui sont touchés en priorité. Et c’est le système financier lui-même qui est atteint.

2. Mais notre mondialisation n’est pas que financière, économique ou géoéconomique.

La mondialisation a comme moteur l’information et la circulation de l’information, bref elle est autant immatérielle que matérielle. Cela est fondamental. La montée en puissance de l’information a eu un effet géopolitique et géoéconomique insoupçonné et souvent peu mis en exergue. Elle a contribué à l’éparpillement des pouvoirs au niveau du monde.

3. Et pour gérer tout cela, pas grand-chose, ou trop d’acteurs.

La mondialisation a touché tous les aspects de la vie, sauf le politique. Toutes ces questions ont été traitées jusqu’à présent de manière purement technique et cloisonnée. Au niveau mondial, peu d’outils globaux et trop d’acteurs qui veulent intervenir. Les Etats, seuls possesseurs de légitimité puisqu’ils représentent les citoyens, se sont vu en partie déposséder de leur légitimité par d’autres acteurs au niveau du monde, sans que cette légitimité soit remplacée.

II. DEUXIÈME PARTIE : UN DÉFICIT POLITIQUE MAJEUR ? SON SENS PROFOND

1. Un déficit de pensée ou d’approche, facilitée par une consanguinité culturelle des décideurs.

La pensée dominante dans les cercles internationaux est devenue quasi-idéologique. Une idéologie pseudo-libérale considérée comme un dogme a permis une déviation du capitalisme qu’elle était censée défendre. Les Etats n’ont pas joué leur rôle, parce que leurs dirigeants ont privilégié une vision techniciste, qui ne peut pas faire le poids face à la pensée idéologique unique.
Les dirigeants occidentaux ont privilégié des approches quantitatives et sectorielles. Ils ont trop fait confiance aux techniciens fussent-ils de haut niveau, au détriment de la réflexion. Le sens a été perdu par l’effet conjoint de dogme idéologique et de confiance aveugle dans les modèles. Absence cruelle de jugement critique, absence même de volonté de comprendre. Les acteurs du monde des affaires sont en outre surveillés ou contrôlés par les mêmes qu’eux, par des pairs.

2. Un déficit de bonnes régulations

On dit que la crise est due à une absence de régulations, particulièrement en matière financière. Or il y en a. La vraie question est : de quelle qualité sont-elles ? Le problème des régulations internationales actuelles est que ce sont souvent des autorégulations. Ces autorégulations sont devenues un marché mondial : celui de la norme. On la produit, on la vend, on vend les formations, on audite et on la contrôle. C’est un autre aspect du problème. Elles sont la plupart du temps autojustifiées par la référence au développement durable (DD), devenu outil de gouvernance mondiale. Ces régulations favorisent une vision parcellaire et un sentiment de sécurité potentiellement dangereux. Elles manquent de légitimité.

3. Un déficit d’architecture de gouvernance mondiale

Les institutions de 1945 doivent s’élargir.

III. QUELLES DIRECTIONS POSSIBLES A CETTE CRISE ?

1. D’abord, des directions qu’il faut absolument éviter.

Il y a le « risque de la tragédie grecque » : tout le monde se met en ordre de marche, les media en premier lieu, produisant de la catastrophe avec une sorte de joie fataliste. La crise est suffisamment grave. Il faut éviter la prophétie auto-réalisatrice et privilégier l’explication calme, argumentée et raisonnée. Un vrai danger majeur est celui de l’effondrement du système financier. Et s’il n’y a pas d’effondrement, celui d’une inflation redoutable en 2010 2011 dans le monde entier. Tout cela demande un changement de direction politico-économique majeur au niveau du monde et un traitement multilatéral obligatoire.
Un autre danger économique majeur est celui du protectionnisme économique et/ou de l’isolationnisme politique. Hélas, on en constate des prémisses, et d’abord aux US, avec la clause Buy American qui figure dans le plan de relance. Il faut résister à cette fausse bonne idée. Il faut au contraire au niveau mondial tenter d’harmoniser peu à peu les normes sociales et environnementales dont la différence crée la distorsion. Ce qui n’empêche pas de mettre en place des protections sectorielles et limités sur des domaines stratégiques, comme l’ont fait depuis longtemps les États-Unis.
Le risque lié à l’attitude des pays émergents et en particulier au couple infernal Chine États-Unis est souvent évoqué. Là encore on lit des choses dramatiques qui ont souvent l’air de fasciner ceux qui les écrivent. Je ne crois pas à des guerres mondiales proches. La confiance étant primordiale, le risque à éviter est celui de l’instabilité, et la première chose à faire est de réduire partout la volatilité.

2. Les directions possibles et celles à privilégier.

D’abord sur le plan du principe, on est entré dans un monde où doit s’appliquer à fond un concept clé de l’IE : la coopétition, c’est-à-dire à la fois la compétition et la coopération. Il faut bien distinguer l’immédiat, le court terme et le moyen-long terme. La confusion serait fatale. Sur l’immédiat, il faut traiter les grands malades que sont les banques, par des garanties, des apports de capitaux, des prêts… et en y instaurant une gouvernance surveillée par les prêteurs publics.
A court terme, on sait quand même à peu près ce qu’il faut faire : rendre confiance dans le capitalisme, par quelques mesures chocs, notamment sur les revenus des dirigeants des entreprises ; interdire certaines pratiques au moins pendant un temps, puis les limiter, revoir certaines des normes comptables , les statuts des agences de notation et le rôle des auditeurs…Il faut aussi renforcer la capacité de prêt du FMI. Compte tenu de la situation de l’ONU, tout cela ne peut se faire aujourd’hui au plan mondial que par un regroupement d’Etats volontaristes : le G20. Les Etats du G20 disposent de tous les outils nécessaires, la légitimité et responsabilité sont entre leurs mains et c’est celle d’une coopération immédiate et d’un courage face aux forces non étatiques.
Mais la question est encore beaucoup plus difficile sur le long terme.
Sur la forme, il n’y a que la voie d’un multilatéralisme raisonné et réellement partenarial qui permettra de résoudre ces questions globales de la planète, mais elle sera longue. Les idées sont très nombreuses : créer un Conseil de sécurité économique au sein de l’ONU, organiser la gestion des affaires par des organisations spécialisées, par exemple une Organisation mondiale de la régulation financière, une autre pour l’environnement… Le bon niveau pour avancer est celui des associations régionales, qui d’ailleurs se multiplient et se renforcent. Il faut aussi prendre en compte les acteurs globaux, grandes entreprises mondiales, grandes associations internationales, ONG et favoriser leur représentation à côté des Etats.
Les questions seront encore plus dures à régler sur le fond. Parce qu’on n’est pas d’accord philosophiquement sur la manière de gérer le monde. Cela va des principes de gestion aux valeurs mêmes. Un débat sur les valeurs est indispensable. Comme le dit Pascal Lamy, il faut faire émerger des préférences collectives mondiales. Il faut réinventer une théorie d’économie politique sur la répartition entre public et privé au niveau mondial. Dans cette recherche, l’Europe et en particulier la France si elle sait être influente est particulièrement bien placée pour proposer des schémas de fonctionnement publics-privés qui ont fait leurs preuves. Il faut trouver des manières de concilier des visions du monde radicalement différentes. Il faudra faire très attention au rôle des mots et de leur poids sur l’opinion publique : par exemple le mot transparence : utilisé partout pour justifier toutes sortes de règles. On aura bien besoin de philosophes pour épauler les politiques et les économistes. Il faut favoriser les réflexions multiculturelles comme source d’idées.

Conclusion

On est entré dans une ère de grandes turbulences. Elles ne pourront se résoudre que par une pensée nouvelle, l’innovation ne doit pas toucher que le progrès technique mais aussi la pensée politique. Au plan économique, l’entrepreneur est celui qui sait rompre avec la routine, disait Schumpeter. Il faut faire la même chose au plan politique, penser différemment, avec courage, responsabilité et sens du long terme. C’est en principe le rôle des gens qu’on élit. Le Président Obama qui n’était encore que président élu a dit en novembre dernier : the old ways of thinking just won’t do… Le problème essentiel pour gérer cette crise sera celui de la qualité des élites.

Claude Revel
Professeur affiliée au CERAM, Responsable Scientifique du MS MSIC, Conseil international, Conseillère du Commerce extérieur de la France, auteur de nombreux ouvrages dont « La gouvernance mondiale a commencé » (2006, Ellipses).



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L’objectif de ce blog créé en 2006, qui n’est pas à proprement parler un blog puisque je ne donne que très peu mon avis, est d’extraire de mes veilles web informationnelles quotidiennes, un article, un billet qui me parait intéressant et éclairant sur des sujets se rapportant directement ou indirectement à la gestion de l’information stratégique des entreprises et des particuliers.
Depuis fin 2009, je m’efforce que la forme des publications soit toujours la même ; un titre, éventuellement une image, un ou des extrait(s) pour appréhender le sujet et l’idée, l’auteur quand il est identifiable et la source en lien hypertexte vers le texte d’origine afin de compléter la lecture.
En 2012, pour gagner en précision et efficacité, toujours dans l’esprit d’une revue de presse (de web), les textes évoluent, ils seront plus courts et concis avec uniquement l’idée principale.
Bonne découverte à tous …


Arnaud Pelletier

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