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Interview du délégué interministériel à l’Intelligence économique …

Posté par Arnaud Pelletier le 2 juin 2010

Vu d’en haut par Olivier Buquen, délégué interministériel à l’Intelligence économique

lenouveleconomiste.fr

“Le vrai point faible français, la protection de l’information”
Organiser la remontée et la protection d’informations des sociétés et administrations françaises, n’est pas une sinécure. Comment traiter d’un sujet aussi transversal et flou que l’intelligence économique (IE), quand on est le politique en charge de ce domaine ? Un nœud gordien que tente de trancher Olivier Buquen, qui succède à Alain Juillet, dans un style qui tient plus du chef d’entreprise – voire de start-up -, que de l’espion 007. La nomination de cet homme au double cursus d’élu et de directeur d’entreprise, au passé qui n’à rien à voir avec la DGSE, pour un nouveau poste à la fois proche de l’Elysée et de Bercy, est des plus singulières. Elle démontre la volonté des hautes sphères politiques d’abroger les distances avec le monde des entreprises. Le président de la République ne veut pas réitérer la mauvaise surprise du divorce Siemens Areva, qui l’avait totalement pris de court. Ainsi, celui qui a la lourde tâche d’inciter les sociétés et administrations hexagonales à se préoccuper plus systématiquement d’IE tisse patiemment sa toile, appliquant de façon pragmatique les recettes apprises dans ses vies antérieures.

« Il n’y avait rien avant Alain Juillet. Le rapport d’Henri Martre en 1994 a alerté sur les nouveaux risques, mais n’a pas donné lieu à des suites. Puis le rapport du député du Tarn, Bernard Carayon, en 2003, a fait ressortir qu’on ne pouvait plus continuer de la sorte, que l’Etat devait mener une vraie politique cohérente d’intelligence économique. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, a décidé, en réponse, de créer cette fonction de haut responsable à l’IE. Mais le dispositif institutionnel n’était pas très judicieux car basé au secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), entité trop connotée défense et sécurité. Alain Juillet a défriché le terrain. Aujourd’hui le président de la République, qui comme Claude Guéant s’intéresse depuis très longtemps à l’IE, a voulu lancer un nouveau dispositif. Nouveau parce que d’une part c’est une délégation interministérielle, une structure d’Etat davantage visible. D’autre part il ne s’agit pas seulement d’un homme seul comme l’a été juridiquement Alain Juillet, mais d’une équipe. Cette délégation est directement rattachée à l’Elysée, ce qui est nouveau sur le plan institutionnel. Je rends compte au président de la République, qui voulait avoir sous son contrôle direct le bras armé de l’Etat en matière d’IE. Ce schéma nous permet une ligne politique claire, et une capacité d’entraînement des administrations. En outre il souhaitait que le dispositif soit le plus proche possible des entreprises. Il lui fallait sortir des sentiers battus avec une personne connaissant le monde de l’entreprise de l’intérieur. Il m’a donc nommé à sa tête, sachant que je cultive depuis longtemps cette double casquette du public et du privé. J’ai eu une vie d’élu local et me suis beaucoup intéressé au développement économique tout en étant banquier (BNP), puis industriel automobile (Plastic Omnium).

L’administration
Nous sommes gérés administrativement par Bercy, ce qui nous permet d’être à proximité de décideurs économiques de l’Etat. Mais nos orientations sont déterminées par un “comité directeur de l’IE”, placé auprès de la présidence de la République. En quelque sorte mon conseil d’administration, présidé par Claude Guéant, composé des directeurs de cabinet, du Premier ministre et des 7 ministres les plus impliqués : l’Economie, le Budget, les Affaires étrangères, la Défense, l’Intérieur, l’Environnement et la Recherche. Finalement une double dépendance Bercy/Elysée. […]

Le retard culturel français
Nous sommes indéniablement moins préparés à l’IE en France. La comparaison avec les Anglo-Saxons est signifiante. Dès leur plus jeune âge – j’exagère à peine -, ils sont sensibilisés à l’importance de l’information et du renseignement. Ils savent que l’information est importante et doit être recherchée mais aussi protégée. Les comportements d’IE sont donc assez naturels chez eux. Ils le sont moins chez nous. En outre, les entreprises hexagonales sont bien souvent comme monsieur Jourdain, faisant de l’IE sans vraiment le savoir. Elles possèdent des services de marketing, de stratégie ou autres réalisant de la veille, des études de marché approfondies pour toujours mieux suivre les évolutions et attentes du marché. Finalement, en raisonnant de manière large, l’IE offensive d’une entreprise est tout ce qui lui permet de récupérer les informations servant à acquérir ou à conserver un avantage compétitif sur son marché. Beaucoup s’acquittent de cette tâche avec succès ; pas obligatoirement des grands groupes. Les différences se situent plus entre secteurs qu’entre tailles d’entreprises. La prise de conscience s’opère petit à petit à travers les chambres de commerce, les fédérations professionnelles, la CGPME. Mais dans tous les cas, ces méthodes peuvent être améliorées, et la vigilance peut se relâcher, à l’exemple des vols d’ordinateurs à répétition chez EADS. Aujourd’hui, ces bonnes pratiques ne sont sans doute pas assez apprises dans les cursus universitaires. Ce retard peut être rattrapé. Nous devons identifier tout ce qui se fait déjà dans le domaine de l’IE au niveau des administrations et services de l’Etat. […]

La formation
Il existe de plus en plus d’établissements spécialisés, qui forment totalement à l’IE. Je suis d’ailleurs parrain de la promotion 2010 de l’Ecole européenne d’intelligence économique (EEIE). En outre il existe au sein d’université ou de grandes écoles des petits modules ou des masters dévolus à l’IE. Mon objectif est […]

Benchmarking
Evidemment nous le pratiquons ; c’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait dans mes différents jobs. Inutile de réinventer la poudre, mais nous n’allons pas non plus dupliquer un modèle tel quel. Nous essayons de “pêcher”  les bonnes idées que nous pouvons adapter au plan français, à notre situation, à notre culture, à notre façon de voir les choses. Cependant je pense que la France, en termes de mobilisation de l’Etat, est très bien placée, mieux que l’Allemagne. Néanmoins outre-Rhin l’IE se pratique davantage au niveau des Länder, […]

Raison d’être
Nous avons commencé, en version start-up, le 15 octobre. J’avais une secrétaire, le téléphone et l’ordinateur n’étaient pas branchés. Tout était à créer. Dans un vieux réflexe de business, avant de bâtir un plan d’action et d’embaucher une équipe, j’ai fait ce que font classiquement les gens d’entreprise : je suis allé voir mes clients, j’ai réalisé une sorte d’étude de marchés. D’une part les hautes autorités de l’Etat et les grandes administrations, d’autre part les entreprises et les organismes de recherche, afin de comprendre leurs besoins en matière d’IE. De là est né le plan d’action 2010 que nous avons soumis au comité directeur. Nous sommes une quinzaine à interagir avec les administrations pour démultiplier nos décisions. Notre finalité est la création et/ou la préservation de l’emploi sur le territoire français ; puis la compétitivité de nos entreprises en France et à l’international. Nous avons donc mené un audit d’organisation, regardant comment l’Etat est organisé en matière d’IE, […]

Méthodologie
A côté de cette veille, nous menons plusieurs actions prioritaires pour 2010 : la première est d’élaborer une grille d’évaluation – avec notation de 1 à 10 -, de la protection des entreprises ou des organismes de recherche, pour les alerter sur l’étendue de leur marge de progression. Cela peut être protection contre les intrusions physiques ou informatiques, contre tout ce qui peut porter atteinte à leur patrimoine d’information. La deuxième vient du fait que les entreprises ne peuvent pas tout protéger par les brevets, à commencer par les services. Mais il existe aussi un tas d’informations qui ne disposent pas de protection juridique particulière, comme par exemple le plan stratégique d’une entreprise, une note sur un futur partenariat, une étude sur un grand client, une étude de marché… Nous allons donc conseiller les entreprises pour protéger ces documents et informations (tampons d’identification, liste de personnes habilitées à les consulter). […]

Missions offensives
Viennent ensuite des actions plus offensives : participation aux différents comités de l’Etat qui soutiennent les contrats stratégiques à l’export des grandes entreprises. Nous apportons notre vision IE pour les grands contrats. Nous œuvrons aussi auprès des grands organismes de recherche, type CNRS ou CEA, afin de les aider à remonter l’information stratégique, à protéger, mais aussi à valoriser leurs recherches auprès des industries françaises, pour un meilleur retour sur investissement. Selon la chargée de mission Marie-Pierre Van Hoecke, les Allemands ou Américains réfléchissent plus que leurs confrères français à la possibilité de déposer des brevets avant de publier. La notion de brevetabilité progresse, mais n’est pas encore totalement passée dans les mœurs des chercheurs.

Le management
J’ai recruté 6 adjoints ayant des réseaux dans l’administration, et passé du temps à l’étranger et dans le privé. Le but est de disposer d’une équipe très transversale, qui peut actionner des relais au sein de différentes administrations pour aller chercher l’information là où elle se trouve, puis pour mettre en œuvre nos actions : un sous-préfet, un ancien de la DCRI, une diplomate du Quai d’Orsay et de Bruxelles qui a passé 25 ans à l’étranger, une ingénieure de recherche du CNRS qui a passé des années en Chine, […]

La motivation
J’ai été pendant longtemps élu, le fait d’apporter ma pierre à la collectivité ne me laisse pas insensible. En outre, la religion m’aide à avancer dans ce sens. […]

Par Julien Tarby

En savoir plus :

http://www.lenouveleconomiste.fr/wp/2010/06/01/vu-den-haut-par-olivier-buquen-delegue-interministeriel-a-lintelligence-economique/



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L’objectif de ce blog créé en 2006, qui n’est pas à proprement parler un blog puisque je ne donne que très peu mon avis, est d’extraire de mes veilles web informationnelles quotidiennes, un article, un billet qui me parait intéressant et éclairant sur des sujets se rapportant directement ou indirectement à la gestion de l’information stratégique des entreprises et des particuliers.
Depuis fin 2009, je m’efforce que la forme des publications soit toujours la même ; un titre, éventuellement une image, un ou des extrait(s) pour appréhender le sujet et l’idée, l’auteur quand il est identifiable et la source en lien hypertexte vers le texte d’origine afin de compléter la lecture.
En 2012, pour gagner en précision et efficacité, toujours dans l’esprit d’une revue de presse (de web), les textes évoluent, ils seront plus courts et concis avec uniquement l’idée principale.
Bonne découverte à tous …


Arnaud Pelletier

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