Archive pour la catégorie ‘Intelligence économique’
Le renseignement économique en marge de la loi
De plus en plus de professionnels de l’investigation pour les entreprises réclament un cadre législatif.
RENAUD LECADRE
Intelligence économique, vaste programme. En anglais economic intelligence («renseignement économique»), sa version française alimente la polémique depuis quinze ans. Elle recouvre des métiers (détectives, auditeurs, lobbyistes, stratèges en tout genre) n’ayant rien à voir entre eux. Pourtant la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, veut légiférer. Un an que ça dure, qu’on spécule sur une réglementation toujours reportée faute de consensus. Des années aussi que s’accumulent les coups tordus, les mises en examen.
L’espionnite a gangrené la vie des affaires. Au départ, ce constat : la guerre économique n’est pas qu’une simple expression. Qui dit guerre, dit renseignement. Mais à la différence de l’espionnage classique, de type Est-Ouest, apanage des Etats, le renseignement économique soulève une problématique privé-public. Alain Juillet, le Monsieur Intelligence économique du gouvernement depuis cinq ans (de Chirac à Sarkozy), le constate au moment de rendre son tablier et retourner dans le privé : «60 % du travail du MI6 britannique concerne le renseignement économique ; pour la CIA américaine, c’est 50 % ; contre 5 % en France.»
«Far West». Tout se règle à la bonne franquette, sans cadre réglementaire. Ce sont les grosses boîtes du secteur de l’armement qui travaillent main dans la main avec les services spéciaux. Mais ça coince au niveau des PME, pour lesquelles l’Etat incarne «le fisc, la douane et la répression», selon un spécialiste. Ce sont surtout d’ex-policiers, gendarmes ou militaires, qui pantouflent dans le privé. Au départ pour assurer la sécurité des locaux, puis pour donner dans le renseignement, forts de relations avec leur ancienne maison.
«Comme dans tout nouveau secteur, ça a été le Far West, reconnaît Alain Juillet. Mais il y a aujourd’hui des gens sérieux dont l’image collective est dégradée à chaque fois qu’un marginal fait n’importe quoi. Ils sont demandeurs de plus de contrôle.» Hervé Séveno, ancien policier ayant créé sa boîte d’intelligence économique (I2F), est vent debout contre «certaines relations à l’évidence incestueuses et malsaines».
L’été dernier, Alain Bauer, conseiller en sécurité proche de Nicolas Sarkozy, avait intrigué avec son idée de «guichet». Les entreprises pourraient-elles accéder aux fichiers confidentiels ? Il précise son propos : «Il doit pouvoir exister un point de rencontre entre les entreprises et l’Etat. Où une boîte puisse dire : « J’ai un problème, un Russe veut entrer dans mon capital, mon concurrent déverse ses déchets dans une rivière… » Mais l’Etat refuse de jouer au supplétif des entreprises, il se contente de compter les points, de sanctionner quand il peut.»
Un service public du renseignement dont les usagers seraient les entreprises ? Hervé Séveno s’en méfie : «Il y a des choses que l’Etat peut, sait et a le droit faire. C’est régalien, mais à chacun son métier. L’interlocuteur naturel des entreprises, c’est Bercy, pas un policier ou un militaire.» Benoît de Saint Sernin, créateur de l’Ecole européenne d’intelligence économique, milite également pour une «démilitarisation» du secteur. Pour cet ancien de Disney, «le concurrent n’est pas Astérix mais un séjour de trois jours en Corse ou un week-end low-cost à Prague». Il inclut volontiers le lobbying dans l’intelligence économique et pointe notre culture d’ingénieur : «Ce n’est plus seulement le meilleur produit au meilleur prix. Il y a aussi des réseaux, l’influence.»
Dérives. MAM est loin de ces considérations. Encore une loi de circonstance ? Le code pénal est amplement suffisant pour condamner les dérives barbouzardes. Sa réforme, incluse dans le projet Lopsi II (loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure), vise à réglementer les officines «dont l’activité principale est la recherche d’informations non disponibles qui ont une incidence significative pour l’évolution des affaires». C’est quoi une «information non disponible» ? Une «incidence significative» ? On comprend que la réponse tarde à venir.
http://www.liberation.fr/societe/0101566940-le-renseignement-economique-en-marge-de-la-loi
Ouverture du site Internet du Service de coordination à l’intelligence économique

L’économie de la connaissance : ce n’est pas seulement le slogan du programme ambitieux dont les États membres de l’Union se sont dotés dans le cadre de la « Stratégie de Lisbonne », programme visant à faire de l’Union européenne l’économie la plus compétitive et la plus dynamique d’ici… 2010, c’est-à-dire demain, ce n’est pas non plus une utopie, c’est bel et bien une réalité à laquelle les entreprises du XXIe siècle sont confrontées.
La compétition économique ne se gagne plus, du moins dans le monde industrialisé, par le coût marginal ; elle se remporte par l’innovation et par la qualité du service. Alors que la concurrence des pays émergents est à la fois une chance et une menace, baissant le prix des intrants, faisant apparaître de nouveaux marchés et, à l’inverse, bouleversant les positions acquises, la différence se fait par sa capacité à renouveler, à diversifier et à adapter son offre.
Ce savoir est détenu par les ingénieurs, les chercheurs, les commerciaux, les créatifs… les hommes et les femmes qui conçoivent ce qui permet de gagner et de conserver une longueur d’avance sur les concurrents. L’inventivité, l’expérience, la réactivité… autant de qualités dont la combinaison est une clé du succès.
Toute initiative doit être validée, testée sur le marché, en fonction des contraintes techniques. Les informations de terrain comme celles recueillies auprès de sources spécialisées doivent être réunies, recoupées, confirmées ou, à l’inverse remises en cause ; une fois la décision prise, il faut aller vite, ne pas se faire surprendre par ses concurrents. Il faut savoir trouver la bonne information, la partager avec ceux qui en ont besoin et la protéger de ses prédateurs.
L’intelligence économique, c’est cela : connaître son environnement concurrentiel, comprendre ce qui s’y passe ou risque de s’y passer et, sur cette base, décider, en prenant garde de ne pas se dévoiler, trop ou trop vite.
Rattaché aux ministres de l’Économie et du Budget, le Service de coordination à l’intelligence économique (SCIE) présente sur son site, qui sera amené à être complété, des conseils pratiques pour les acteurs, entreprises, collectivités publiques et privées, qui veulent mettre en place une démarche d’intelligence économique, et renvoie vers les partenaires avec lesquels il a conclu des accords visant à inscrire concrètement cette démarche dans l’action.
L’intelligence économique n’est pas réservée à des experts ; elle est nécessaire dès lors que l’on est sur un marché concurrentiel et peut se pratiquer avec bon sens, organisation et des moyens accessibles. Dans cadre, le SCIE présente une sélection indicative d’outils gratuits de recherche et de veille sur le web.
L’intelligence économique est largement pratiquée, même si cela peut être sous d’autres appellations. À titre d’illustration, et pour comprendre ce que d’autres grands pays font pour protéger leur patrimoine industriel stratégique, le SCIE présente un tableau des régimes applicables aux investisseurs étrangers dans 9 grands pays.
=> www.ie.bercy.gouv.fr
Lutter efficacement contre les fuites dans votre entreprise …
Aujourd’hui la plupart des informations se trouvent à porter de main, sans difficulté et en toute légalité: Internet, Presse. Mais de nouvelles méthodes ont vu le jour : Veille Technologique ou en matière d’Intelligence économique (benchmarking..).
Mais aussi et c’est là que se trouve le réel probleme, certaines informations s’obtiennent de manière illégales: Ecoute téléphonique, corruption, intrusion informatique, manipulation …
Le travail peut se faire tout simplement en amont de façon à vérouiller une partie de l’information:
La Discretion de vos dirigeants et salariés par exemple lors de leurs déplacements (avion, train ..). Faire en sorte qu’un salarié sur le départ ne gère plus les dossiers stratégiques.
Sécurisez vos locaux. La biométrie est une technique très en vogue en ce moment mais il ne faut pas oublier que la technique a ses limites. Prenons l’exemple de l’empreinte digitale, la transpiration une coupure peuvent entrainer une anomalie dans le dessin d’une empreinte. De ce fait la plupart des constructeurs augmentent le taux de faux rejets. En conclusion il ne faut pas donner entière confiance à ce type de technique, il est préférable de la doubler par un autre moyen.
Le moyen humain reste un bonne option en complément.
Verrouillez vos systèmes d’information et plus précisement informatique. Toujours lors des déplacements de vos dirigeants et salariés, le wifi est tres vulnérable. Un tiers peut récupérer les informations contenues dans votre ordinateur ou PDA.
Les dossiers confidentiels et stratégiques doivent être traités sur des postes de travail non connectés au réseau, vos ordinateurs doivent disposer de logiciels de détection d’erreur ou d’intrusion (installez des logiciels de sécurité antivirus, anti spyware, anti spam …). N’autorisez pas n’importe quel télchargement, bannissez l’accès au messagerie instantanée du type MSN ou encore au forum d’échange.
Ces précautions restent non exhaustives mais ca permet de vous prémunir un minimum.
Après vous pouvez toujours faire un appel à un expert de l’IE ou un détective privé spécialisé dans ce domaine et surtout compétent.
La France au cinquième rang mondial du piratage de logiciels
Pour sa sixième édition, l’étude internationale « IDC-BSA » sur le piratage de logiciels place encore la France parmi les plus mauvais élèves de la classe. Pourtant, ce ne sont pas les dispositifs répressifs qui manquent.
Le piratage numérique serait-il un sport national français ? Tout comme la musique et les films, les logiciels informatiques sont victimes du téléchargement illégal et des copies illicites, déplore la BSA (Bureau Software Alliance), qui tire opportunément le signal en plein examen parlementaire de la loi Hadopi. Selon la sixième étude annuelle réalisée par le cabinet d’études américain IDC pour le compte de l’association internationale de lutte contre le piratage de logiciels, le « manque à gagner » pour les éditeurs de logiciels a encore dépassé les 2 milliards d’euros en 2008 dans l’Hexagone. Et ce alors même que le taux de piratage de logiciels sur les micro-ordinateurs serait en léger recul dans notre pays, passant de 42 % à 41 % d’une année à l’autre. La perte financière pour les éditeurs a ainsi augmenté (effet de change compris) de 6 % par rapport à 2007.
Organisation internationale comptant 80 employés dans le monde, la BSA regroupe une quarantaine de membres dont la plupart sont des poids lourds du secteur, comme Microsoft, SAP, Symantec, Computer Associates (CA), IBM ou encore HP. Mais malgré ses moyens financiers, elle peine à endiguer le piratage de logiciels. Domaine dans lequel les Français ne sont donc pas en reste…
« C’est culturel »
Pourtant dotée d’un arsenal législatif anticontrefaçon parmi les plus sévères du monde (voir ci-dessous), la France est para- doxalement plus encline à pirater. « C’est culturel. Les Français essaient souvent de contourner les règles », avance, comme l’une des explications, Natacha Jollet-David, porte-parole pour la France de l’organisation international et, par ailleurs, responsable antipiratage chez l’éditeur de logiciels Adobe (également membre).
Certes, avec un peu moins d’un logiciel sur deux piraté, le pays des droits d’auteur demeure loin des bons élèves (20 % seulement aux Etats-Unis, 21 % au Japon ou encore 27 % en Allemagne). Mais les Français restent des enfants de coeur par rapport aux grands contrefacteurs que sont les Géorgiens (95 %), les Bangladais (91 %) et bien sûr les Chinois (80 %). Résultat, malgré une amélioration notable ces dernières années, l’Hexagone se place encore en cinquième position mondiale des pays où le manque à gagner est le plus élevé – en l’occurrence derrière les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde. En 2008, les éditeurs de logiciels estiment avoir perdu un montant global de 53 milliards de dollars (+ 11 % sur un an) et la France pèse 5,2 % de ce manque à gagner total.
Fléau moins menaçant
Cependant, à force de sensibilisation et d’actions de la BSA auprès des entreprises, le fléau se ferait un peu moins menaçant. « Au niveau mondial, plus de la moitié des 110 pays étudiés ont vu leur taux de piratage chuter et seulement 15 % d’entre eux ont constaté une augmentation », précise la BSA, qui met en garde les entreprises tentées de resquiller en 2009 sous prétexte d’incertitude économique et de marché instable. Mais Natacha Jollet-David de constater : « Le taux de piratage de logiciels a baissé de 6 points en France depuis 2005. » Gagner dix points de plus permettrait de créer près de 15.000 emplois et contribuerait pour près de 9 milliards d’euros à l’économie française, plaide la porte-parole de la BSA.
C. DE L., Les Echos
http://www.lesechos.fr/info/hightec/4863040-la-france-au-cinquieme-rang-mondial-du-piratage-de-logiciels.htm
L'avenir de l'intelligence économique après le départ d'Alain Juillet
Le départ d’Alain Juillet marque la fin d’une étape dans le processus de développement de l’intelligence économique en France. Le repositionnement de cette fonction au Ministère de l’Economie a été évoqué et semble une idée logique étant donné la place déterminante qu’occupe ce ministère dans l’administration du pays.
Mais la nomination d’un inspecteur général des Finances à ce poste est une démarche difficile car il reste à trouver la personne bien câblée au sein d’une corporation qui n’a pas la réputation de s’être remise en question sur la manière de penser la stratégie de puissance de la France. Alain Juillet fut le premier à le constater en rencontrant les représentants de la haute administration des Finances au début de son mandat. Ces derniers lui rappelèrent leur façon de penser en indiquant qu’il n’y avait pas plus de deux ou trois gros dossiers par an à traiter en matière d’intérêt national. Cette sentence était sans appel. Elle signifiait que la marge de manœuvre du nouvel HRIE allait être très étroite entre les sherpas de l’Elysée et les directeurs de cabinet des grands ministères qui se firent très vite représentés par des seconds couteaux dans les réunions interministérielles où étaient évoqués les dossiers à consonance intelligence économique.
Dans le passé, la tentative d’installer le pilotage de l’intelligence économique à Bercy donna lieu à deux précédents. Le recentrage de l’intelligence économique à Bercy avait déjà été tenté en 1995 quand Jean Arthuis dirigeait ce ministère dans le gouvernement Juppé. Cette première tentative fut en fait une régression puisqu’elle se substituait à la création du Comité pour la Sécurité et la Compétitivité économique, structure présidée par Edouard Balladur quand il était à Matignon. Lorsque Nicolas Sarkozy devint ministre de l’économie et des finances en 2004, il signa une lettre de mission pour le moins originale en nommant auprès de lui François Asselineau, membre du corps de l’Inspection générale des finances comme responsable de l’intelligence économique.
Pour la première fois apparaissait l’embryon d’une vision stratégique sur l’approche géoéconomique du monde et la prise en compte des stratégies d’accroissement de puissance des pays concurrents. Les directives fixées dans cette lettre ne furent jamais appliquée dans les faits. Le changement d’attribution ministérielle de Nicolas Sarkozy aboutit à la marginalisation de François Asselineau qui, dépité, quitta son poste sans avoir pu passer à l’action. « Jamais deux sans trois ? » dit le proverbe ? Telle est la question. Malgré les bouleversements générés par la crise du système capitaliste anglo-saxon et les nouvelles tensions géoéconomiques avec les puissances montantes comme la Chine, la Russie et l’Inde, la perception des rapports de force reste encore très traditionnelle dans la haute administration française. Cette dernière doute encore de la pertinence, voire de la légitimité du passage à un véritable processus de management de l’information pour conduire la politique économique de la France dans un monde de plus en plus incertain et conflictuel. Autrement dit, à moins d’un miracle, il n’y pas grand-chose à attendre d’un repositionnement de l’IE à Bercy.
Le bilan d’Alain Juillet résume bien les contradictions du système. L’Etat a initié une sensibilisation à l’IE à des niveaux de décision intermédiaires de plusieurs ministères. La sécurité économique est aujourd’hui prise en compte de manière pertinente par le Ministère de l’Intérieur. Des ministères techniques comme l’agriculture ont intégré l’intelligence économique au suivi de dossiers sensibles. Certains groupes de travail initiés par Alain Juillet ont abordé des problématiques nouvelles dans le domaine des sources ouvertes comme la manipulation et l’influence. L’intelligence territoriale est en cours de développement à travers la démarche expérimentale des pôles de compétitivité.
Quand on fait le compte, la petite cellule d’Alain Juillet n’a pas démérité. Mais il n’en demeure pas moins vrai que des dossiers majeurs sont restés en suspens. Le premier est celui de la formation et des réformes à entreprendre dans notre système éducatif. Le constat est simple à faire : les étudiants ont une carence majeure en termes de culture générale à l’égard de l’information et de son usage dans le développement des entreprises et des territoires. Cela s’explique notamment par la faillite du programme ES des lycées qui est totalement obsolète par rapport aux réalités du monde actuel. Il est incompréhensible qu’un appareil d’Etat soit incapable d’impulser la refonte fondamentale d’un tel programme qui impacte les élèves des classes de seconde, et la filière ES de première et de terminal.
Ces déficiences endémiques se répercutent depuis des années aux différents niveaux des cycles de formation universitaires. Il n’est pas normal que la grande majorité des étudiants en Bac +5 ou 6 ignorent ce qu’est l’Institut national de la Propriété Industrielle, à quoi sert l’ANVAR, ou comment différencier l’offre publique et privée d’informations à un niveau local, national ou international. Ces lacunes pédagogiques handicapent les jeunes diplômés dans leur approche opérationnelle de la compétition mondiale.
Il existe aussi une autre dimension du bilan d’Alain Juillet qui mérite d’être explorée, le rôle de l’Etat dans la politique publique d’intelligence économique. Alain Juillet a toujours présenté l’Etat en tant qu’accompagnateur des entreprises afin qu’elles abordent la compétition « à armes égales » avec leurs concurrents étrangers. Les enjeux stratégiques sur l’énergie, les matières premières, l’eau et l’environnement sans oublier les plans de sauvetage étatique des banques et de secteurs industriels démontrent que l’Etat a aussi une mission de régulation et stratège que les entreprises et les milieux financiers se sont révélées incapables de remplir dans un but de sauvegarde de l’intérêt collectif. Et c’est là justement que se situe aujourd’hui l’apport déterminant de l’intelligence économique.
La finalité d’une entreprise n’est pas la même que la survie d’une population sur un territoire. L’historien Fernand Braudel nous l’a expliqué dans ses écrits. Il est temps de transposer cette vision de bon sens dans notre pratique quotidienne du développement. Un chef d’entreprise se doit de faire du profit. Un pouvoir politique est élu pour aider un peuple à exister. C’est la grande différence mise en exergue par la crise actuelle. L’intelligence économique est à ce titre un instrument de pilotage essentiel des ressources informationnelles d’un pays. C’est aussi le cas pour le management de l’information appliqué à la conquête des marchés par les entreprises. Cantonner l’IE à des opérations limitées sur des marchés stratégiques est déjà un acquis appréciable mais qui reste insuffisant pour affronter les épreuves à venir. Dans ce dossier, une voix ne s’est pas encore faîte entendre, celle du député Bernard Carayon, qui, ne l’oublions pas, a rédigé deux rapports essentiels sur la question à la demande des deux premiers ministres sous la Présidence de Jacques Chirac.
Christian Harbulot
Un guide des bonnes pratiques en Intelligence Economique a été édité par les services de la Préfecture de Région Franche-Comté
L’Agence d’Intelligence Economique de Franche-Comté conseille les entreprises en tenant compte de leurs environnements technologiques, règlementaires et concurrentiels. Elle aide les PME – PMI à mieux maîtriser l’information stratégique pour les aider dans leur démarche de prise de décision, les conseille dans le domaine de la sécurité économique et financière, les appuie dans le développement de nouveaux partenariats nationaux ou transnationaux et les alerte sur les risques qui les menacent. Elle anime également des groupes de travail au sein des entreprises (résolution de problématiques ponctuelles, pilotage de projet de veille…).
Chargée de la mise en œuvre du programme l’Intelligence Economique au service des entreprises, l’AIEFC accompagne les entreprises dans leurs réflexions stratégiques et organisationnelles.
L’AIEFC a été crée en 2001 par la Région et l’Etat. Les financeurs du programme sont actuellement l’Etat et l’Union Européenne via son programme FEDER.
Diagnostic et conseil aux entreprises
Contexte
Un environnement concurrentiel difficile. Des évolutions permanentes :
- La globalisation des marchés
- Une concurrence exacerbée venant du monde entier
- Un environnement réglementaire de plus en plus complexe
- Des évolutions technologiques permanentes
- Une instabilité géopolitique croissante

Téléchargez le guide des bonnes pratiques en matière d’intelligence économique
editée par la Préfecture de la région Franche-Comté
Cybermenaces, entreprises et internautes

Myriam Quéméner, Éditions Economica, Préface de Didier Duval, Avant-propos de Francis Delon
Les cyberattaques sont désormais l’un des enjeux majeurs de notre société en visant les technologies de l’information et de la communication (TIC) numériques. Elles nous interpellent tous sur la vulnérabilité de nos sociétés face au réseau mondial qu’est l’Internet et pose la question cruciale de la sécurité du monde actuel.
Ces menaces sont universelles et ciblent aussi bien les États, les entreprises et les internautes, sous des formes très variées comme, par exemple, le cyberterrorisme ou la contrefaçon en ligne.
Ce livre n’est pas un réquisitoire contre Internet, mais bien au contraire un guide de sensibilisation pour mieux alerter les entreprises et les internautes des dangers des réseaux numériques. Quelle responsabilité pour les acteurs de l’Internet ? Quelle est la réglementation en matière de cybersurveillance du salarié ? Myriam Quéméner répond à ces questions et présente une typologie des délinquants de la toile, leur façon de nuire ainsi que l’ensemble des cybermenaces actuelles et les réponses juridiques appropriées. Elle fournit également des pistes de réflexion par une mise en perspective de problématiques sous le double regard de l’anticipation stratégique et de l’intelligence économique dans une optique globale de sécurité.
Juriste, diplômée de l’École supérieure des sciences commerciales d’Angers (ESSCA), Myriam QUÉMÉNER est magistrat au parquet général de la Cour d’appel de Versailles après avoir été sous- directrice à la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice. Auteur d’articles sur la cybercriminalité, elle participe en tant qu’expert à des formations et séminaires relatifs à cette délinquance planétaire.
http://www.spyworld-actu.com/spip.php?breve68
Panorama d'outils de recherche d'informations gratuits et en ligne
La société Inter-legere – qui se propose de « relier les Hommes et les Informations » – vient de publier un livre blanc intitulé « Panorama d’outils de recherche d’informations gratuits et en ligne« .
D’emblée, la problématique est posée dans la préface rédigée par Christophe Deschamps. Ce dernier expose toute la difficulté de lancer aujourd’hui une recherche efficace : « Il n’a jamais été aussi facile de rechercher de l’information sur internet, pas un seul jour en effet ou n’apparaisse un nouveau moteur de recherche : thématique ou généraliste, individuel ou social, sémantique ou statistique, pour le web visible ou invisible mais aussi pour les blogs, les forums de discussion, les documents bureautiques, les sites de social networking à la Viadeo, etc. En réalité, il n’a jamais été plus difficile de trouver la bonne information sur internet… Celle qui permet de mieux comprendre le présent, d’éclairer l’avenir, de valider une idée innovante, en un mot de prendre la décision qui permettra d’obtenir l’avantage ou de le conserver. »
Ce livre blanc a pour ambition de présenter un certain nombre d’outils permettant de trouver plus facilement et de trouver plus vite. Pour cela, Jérôme Bondu, fondateur d’Inter-legere (http://www.inter-ligere.com), a sélectionné une quarantaine de services gratuits, puissants et faciles à prendre en main. Structuré autour de trois parties principales, ce document liste des outils orientés vers la recherche d’informations (sites, personnes, réseaux sociaux, presse, etc.), la réception automatique d’alertes ainsi que vers l’analyse des informations collectées.
D’ores et déjà, deux autres livres blancs sont annoncés. Le premier présentera d’autres outils gratuits mais qui nécessitent une installation sur son poste de travail. Et un autre traitera des plateformes (payantes) offrant des fonctionnalités très performantes.
Pour consulter le Livre blanc (format PDF) : www.inter-ligere.com/article-30587376.html
http://www.les-infostrateges.com/actu/0905708/panorama-d-outils-de-recherche-d-informations-gratuits-et-en-ligne
Intelligence économique : BFM Radio : Cyril Bouyeur
EXCLUSIF ! L’espion de l’affaire EDF parle
Philippe Lobjois

Thierry Lorho, 44 ans, ancien agent de la DGSE, est au cœur de la tourmente. C’est lui, le patron de la société Kargus, dont tout le monde parle dans le petit milieu de la sécurité. EDF a utilisé Kargus Consultants pour pirater l’ordinateur de Yannick Jadot, ancien responsable des opérations de Greenpeace France. Le juge d’instruction Thomas Cassuto, au tribunal de Nanterre, a mis en examen Pierre François, ingénieur protection de site d’EDF, ainsi que T. Lorho et l’informaticien qui a pénétré le réseau de Greenpeace. Aujourd’hui, en exclusivité pour lerenseignement.com, Thierry Lorho se justifie : oui, il assume la pénétration illégale, « sur ordre d’EDF ». Et il aimerait que son donneur d’ordre reconnaisse ses responsabilités. « Droit dans ses bottes », Thierry Lorho ne regrette rien : pour lui, Greenpeace est une organisation dangereuse, qui menace les intérêts nationaux.
« J’assume complètement la mise sous surveillance de l’ordinateur du responsable de Greenpeace Yannick Jadot, mais je n’assumerai pas le reste et j’aimerais bien que EDF, qui a commandité l’opération, prenne aussi ses responsabilités. »
Thierry Lorho ne mâche pas ses mots. Sa mise en examen par le juge d’instruction Thomas Cassuto a encore du mal à passer.
Toute l’histoire remonte à 2006, quand EDF, soucieuse de sa sécurité, décide de renforcer ses défenses face à l’ennemi de toujours : Greenpeace. Car quand on est un gros industriel, que l’on gère des centrales nucléaires sur le territoire national, et que l’on est en passe de devenir l’un des géants européens de l’énergie, on ne plaisante pas avec la sécurité.
« Là ou le gouvernement devrait accompagner et protéger ce type d’entreprises, il ne fait rien, continue Thierry Lorho. Aussi les groupes industriels se défendent comme ils le peuvent et se tournent vers le privé. »
Sauf que, en France, l’intelligence économique est mal perçue et souvent assimilée à des barbouzeries d’officines. Pour le consultant en sécurité, le grand public ne se rend pas compte que c’est une véritable guerre souterraine qui se joue à présent entre groupes industriels.
« L’Intelligence économique, c’est vieux comme le monde. Autrefois, on appelait ça espionnage industriel. Je mets au défi quiconque de me citer un seul grand groupe qui ne l’ait pas pratiquée une fois ! »
Et d’envier les pratiques anglo-saxonnes : « Outre-manche, les services de l’État épaulent les entreprises du Royaume sans état d’âme. Eux n’ont pas cet angélisme hypocrite, cette prudence de sainte nitouche que l’on retrouve en France ! »
Et d’évoquer les cas célèbres de guerres industrielles qui opposèrent Airbus et Boeing : « À l’époque se souvient Lorho, la NSA avait été mise à contribution pour écouter les conversations des négociateurs d’Airbus. Et pourquoi s’en priveraient-ils s’ils détiennent les outils ? »
À la question soulevée de savoir si Kargus a espionné Greenpeace en Angleterre, Thierry Lorho répond :
« Nous n’avons pas infiltré Greenpeace Angleterre comme l’on dit ces derniers jours, mais nous voulions savoir comment fonctionne l’organisation. Effectuer une cartographie de Greenpeace et anticiper leurs actions illégales à l’encontre de EDF… »
Thierry Lorho justifie le bien-fondé de son travail pour EDF : « Il y a quelques années, Greenpeace France a été approchée par des militants écologistes algériens, en fait des islamistes durs qui voulaient tout savoir des centrales nucléaires françaises. Démasqués à temps, ces derniers ont été écartés rapidement du territoire français. »
Qu’en aurait-il été s’ils avaient réussi leur coup ?
« Dans le cas dont on parle aujourd’hui, lors de notre enquête, la vraie question pour nous était de savoir qui finance Greenpeace explique Thierry Lorho. Comment savoir qui se cache réellement dans les rangs d’une organisation comme Greenpeace, qui sont les généreux donateurs de l’organisation ? Lorsqu’une organisation humanitaire ou écologiste reçoit des millions d’euros d’une association ou d’une société, elle ne peut plus rien refuser à son généreux donateur, mais si ce donateur se révèle être un pays ou un service secret adverse, l’organisation est pieds et poings liés ! »
La méfiance des consultants en sécurité touche aussi les militants de Greenpeace : « Greenpeace est le type même de l’organisation européenne tentaculaire qui pratique des actions para militaires de type commando. Or la France n’y fait pas attention, et c’est une erreur. Lors de la mise en place d’un convoi de plutonium, on laisse approcher plus facilement des écologistes que des hommes avec des cagoules sur la tête », assène-t-il, et d’ajouter :
« Lorsque les militants débarquent en France pour une action « illégale », ils viennent de toute l’Europe. Hollandais, Anglais, Italiens, Allemands. Et ils ne sont pas tous très pacifiques ! »
Et de rappeler que l’éco-terrorisme est une réalité outre-Manche.
Lorho se défend d’avoir « dérapé » ou outrepassé les ordres : il est resté dans le cadre de sa mission définie par ses donneurs d’ordre, aujourd’hui aux abonnés absents : « EDF aurait dû communiquer sur l’affaire en reconnaissant que oui, c’était illégal de pénétrer l’ordinateur de Yannick Jadot mais que déstabiliser le plus gros groupe européen d’énergie et commettre des actions sur les centrales nucléaires l’était encore plus ! Mais en France, on en est resté au temps du Rainbow Warrior, et on préfère s’auto- flageller… »
Et de conclure : « Personnellement, je n’ai pas à rougir de l’action entreprise contre Greenpeace. Je l’ai fait pour défendre un grand groupe industriel français. Peut-être que cette histoire accélérera la prise de conscience du gouvernement sur ce sujet. Oui, les entreprises françaises ont besoin de se défendre alors que les gouvernements les délaissent, et oui, une vraie politique sur la sécurité du patrimoine industriel devra être pensée ! Que Greenpeace continue de s’occuper des baleines, c’est ce qu’ils font de mieux, mais qu’ils s’éloignent des centrales nucléaires françaises !
Il n’est pas certain que les instances dirigeantes d’EDF apprécient ce soutien sans état d’âme, mais une chose est sûre : le message de leur ex-consultant a le mérite de la clarté.
Philippe Lobjois
Reporter de guerre, Philippe Lobjois est spécialisé dans le journalisme d’investigation. Son dernier ouvrage, Mercenaire de la République, 15 ans de guerres secrètes, co-écrit avec Franck Hugo, paraîtra le 15 mai chez Nouveau Monde éditions.
Publié le 28/04/2009
http://www.lerenseignement.com/00_koama/visu_espionnage/index.asp?sid=339&cid=13312&cvid=20400&lid=1





